«Dans l’univers de la moto, les femmes sont sous-estimées»

La moto, un monde entièrement réservé aux hommes? Pas pour Anja Tschopp, qui entend bien prouver le contraire. À 26 ans, cette Lucernoise d’origine a participé à la création de la communauté «Girls on Bikes».

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Ce qui impressionne tout particulièrement Anja Tschopp, c’est ce sentiment d’appartenir à la «grande famille des motards». «Cette cohésion et cette formidable intégration, je ne les ai retrouvées nulle part ailleurs.» Dans le milieu de la moto, chacun est accepté comme il est, dit-elle, quoi qu’il fasse et quel que soit le modèle qu’il conduise.

Mais ce lumineux tableau a également sa part d’ombre: aujourd’hui encore, Anja Tschopp doit faire face à de sempiternels préjugés. «À moto, les gens, et surtout les hommes, font moins confiance aux femmes. C’est un univers où les femmes sont très souvent sous-estimées.» Aussi bien sur la route que dans les coulisses.

Selon elle cependant, la fréquence des commentaires déplacés a considérablement diminué au cours des dernières années. «Mais quand pendant toute une année, j’ai assisté à douze courses dans le cadre des championnats du monde, j’ai clairement ressenti des clichés sexistes.» Pour de nombreux hommes auparavant, la place des femmes dans les courses de moto était devant les écuries, pour poser en short moulant aux côtés de bécanes rutilantes.

Aujourd’hui en revanche, Anja Tschopp constate que les remarques irrespectueuses se font plus rares lorsqu’elle raconte faire de la moto. Souvent, elles viennent d’ailleurs de personnes qui ne connaissent elles-mêmes pas grand-chose à ce milieu.

Reste maintenant à savoir qui des hommes ou des femmes conduisent le mieux au guidon d’un deux-roues. «Les femmes sont plus prudentes tandis que les hommes ont tendance à être plus exubérants», estime la jeune femme, sans savoir déterminer en fin de compte ce qui est mieux. L’idéal est selon elle un mélange des deux: «Le respect nécessaire et une certaine raison, mais ni excès de confiance, ni peur. L’équilibre parfait.»

Il y a près de quatre ans, cette fille de garagiste, élevée au bord du lac de Sempach, a co-fondé la communauté «Girls on Bikes». Un site web destiné à encourager les femmes passionnées de moto et à leur donner des conseils. «L’idée était de créer quelque chose qui permette aux femmes de se soutenir mutuellement. Car il y en a beaucoup qui aimeraient bien faire de la moto mais qui n’osent pas, parce qu’elles pensent que c’est une discipline réservée aux hommes.»

Tout a commencé par un profil Instagram qui a rassemblé plus de 17 000 followers en l’espace de trois ou quatre mois. «On avait improvisé ce profil sans penser à la suite!»

La communauté «Girls on Bikes» existe toujours aujourd’hui, mais Anja Tschopp a donné vie à un nouveau bébé avec deux autres co-fondatrices: «The Riders» est une nouvelle plateforme qui offre un terrain de jeu numérique à l’univers suisse de la moto. Depuis l’année dernière, cette Zurichoise d’adoption est aussi à la tête de sa propre agence de communication, via laquelle elle gère le marketing de différents pilotes ou entreprises dans le domaine de la moto et de l’automobile. Un contexte dont Anja Tschopp se sert également pour «The Riders»: «Nous voulons que le site soit une sorte de plateforme pour pilotes, où nous proposons du native advertising branché et du marketing digital pour des entreprises du secteur de la moto.»

L’objectif de «Girls on Bikes» était de devenir la plus grande communauté suisse consacrée aux bikeuses. «Et en un sens, c’est un peu ce que nous sommes devenues», observe Anja Tschopp avec satisfaction. En revanche, elles n’ont jamais cherché à convertir toujours plus de femmes à la moto. «Les femmes que je veux convaincre sont celles qui aimeraient bien essayer mais qui n’osent pas.»

Si sa vie tourne entièrement autour de la moto, elle accepte volontiers que le sujet ne soit pas du goût de tout le monde. L’important pour la jeune femme, c’est simplement que les gens puissent faire ce qui leur plaît et qu’ils aient le courage de suivre et de réaliser leurs rêves.

Anja Tschopp s’est découvert très tôt une passion pour la moto. «J’avais dix ans quand Tom Lüthi (34 ans) est apparu pour la première fois à l’écran en tant que pilote. J’ai tout de suite été fan de lui et je voulais absolument voir une course en vrai.»

À 20 ans, Anja Tschopp franchit le pas et enfourche une moto pour la première fois. «Quelques jours avant l’examen du permis moto, je me suis cassé le pied à la suite d’une bête chute.» Pendant les deux années qui suivent, elle ne peut pas remonter en selle car son permis d’élève conducteur a expiré. Mais depuis maintenant presque deux ans, notre bikeuse passionnée a repris du service.

«Bon cette année, la météo n’a pas encore été bien clémente avec les motards», plaisante Anja Tschopp. Mais sa Suzuki SV 650, qu’elle surnomme affectueusement «Champ», est déjà fin prête. La jeune femme n’a pas de circuit préféré. «Ce n’est pas tant l’itinéraire qui m’importe que les gens avec lesquels je l’effectue.»

Elle adore toutefois faire la route jusqu’au lac de Sempach, pour rendre visite à ses parents. Ceux-ci ont accueilli la passion de leur fille avec une certaine anxiété, mais ont bon gré mal gré dû s’y habituer. «Ils n’ont pas eu le choix», affirme Anja Tschopp en riant. Avant d’ajouter: «Mais maintenant, eux aussi trouvent ça cool.»

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